vendredi 25 septembre 2009
[SOCIETE] Banlieues : le modèle communautaire américain tente les sociologues français (Le Monde)
(Source : Le Monde)
L'élection de Barack Obama à la Maison Blanche, fin 2008, a évidemment contribué à replacer le modèle américain au centre de toutes les attentions. Le président des Etats-Unis fut en effet, au milieu des années 1980, un "organisateur de communauté" dans les quartiers sud de Chicago, une fonction à cheval entre travailleur social, éducateur politique et agitateur professionnel. Théorisée dans les années 1960 par le sociologue américain Saul Alinsky, sa mission était d'amener les habitants à s'organiser pour défendre leurs intérêts face aux bailleurs sociaux, aux banques, aux municipalités... Une démarche qui a contribué à l'émergence de leaders et de pouvoirs locaux.
Cette approche se situe aux antipodes de la politique de la ville française, traditionnellement rétive à la reconnaissance des communautés, comme le soulignent les participants au colloque. "Le modèle républicain français est un modèle descendant : l'Etat sait toujours ce qu'il faut faire. Et comme, par ailleurs, on a historiquement une grande peur des communautés, la France est passée à côté de cette dimension collective", indique Claude Jacquier, directeur de recherche au CNRS. "Là où, dans d'autres pays, les initiatives dans les quartiers à problèmes viennent des habitants, une culture de défiance envers la société civile continue de caractériser nos administrations, niant la légitimité des demandes des habitants, par ailleurs mal représentés politiquement", explique Sophie Body-Gendrot, professeur de sciences politiques, qui insiste sur l'absence de "voix" et de "porte-parole" dans la jeunesse des quartiers.
Les politiques actuelles, notamment les opérations de rénovation urbaine, engagées en 2003 par Jean-Louis Borloo, ne dérogent pas à cette approche malgré l'affichage d'une logique "participative".
Sur les quelque 40 milliards investis d'ici à 2013 pour rénover les quartiers, la quasi-totalité vise des opérations sur le bâti, très peu sur l'humain. "La rénovation urbaine est une caricature de l'approche française où l'on refait la ville sur place. On démolit, on reconstruit et on pense avoir tout réglé. A aucun moment, sauf de façon purement rhétorique, on ne cherche à donner de la force ou du pouvoir aux habitants eux-mêmes", constate Jacques Donzelot, spécialiste de sociologie politique, pionnier de l'observation du modèle américain.
En France, souligne le sociologue Laurent Mucchielli, "les objectifs sont décidés par les représentants locaux de l'Etat et par des professionnels de la politique de la ville. Non par les associations locales qui n'en assurent que la mise en oeuvre". Il relève par ailleurs que la plupart de ces associations sont "installées par le pouvoir politique et contrôlées dans leur gestion par l'Etat" : "Le mot même de communauté (communauté d'intérêts, communauté de voisinage) est dégradé en "communautarisme" pour désigner une forme régressive de citoyenneté." Laurent Mucchielli lit là "le paradoxe d'une politique qui passe son temps à regretter que les gens soient passifs et "assistés" mais qui ne comprend pas que sa façon de faire "paternaliste" ne peut produire que cela".
Cette approche se traduit de façon très concrète. Lorsque la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, décide de rapprocher les quartiers des services publics, elle installe des délégués des préfets dans les cités. Lorsqu'apparaissent des listes autonomes issues des quartiers, comme lors des dernières élections municipales, elles sont immédiatement qualifiées de "communautaires" par leurs concurrents et les autorités locales. Les dernières élections municipales n'ont d'ailleurs pas modifié la donne : selon le Haut Conseil à l'intégration (HCI), la proportion d'élus municipaux issus de la diversité est passée de 3,2 % à 6,7 % dans les villes de plus de 9 000 habitants entre 2001 et 2008. Soit à peine quatre maires, 495 adjoints et 1 844 conseillers municipaux issus de l'immigration extraeuropéenne.
Les chercheurs ne sont pas subitement devenus des défenseurs du modèle américain dans son ensemble. Notamment parce qu'ils insistent sur le degré toujours élevé de ghettoïsation aux Etats-Unis. Et parce qu'ils considèrent que la politique de la ville française a probablement atténué la "crise des banlieues". Mais ils veulent voir dans la question de la participation une nouvelle étape. "L'approche américaine s'explique évidemment par l'histoire des Etats-Unis, la place réduite de l'Etat fédéral, l'importance de l'immigration. Mais le fait que le Royaume-Uni, l'Europe du Nord, l'Allemagne, les Pays-Bas, par exemple, s'inspirent de ce type d'approche devrait nous faire réfléchir", souligne M. Donzelot.
[FOOTBALL] Trois ans sans stade requis contre le footballeur raciste (Libération)
Dans l’Ain, le racisme ordinaire du terrain au tribunal
FOOTBALL - Quelques insultes, des cris de singe. Scène ordinaire d’un match de football amateur dans l’Ain ? Sauf que cet épisode sera pour une fois jugé, cet après-midi, par le tribunal correctionnel de Belley. Le 25 janvier, à Lagnieu, petite commune du département, les locaux menaient 5-0 contre Rossillon, un club de village où évoluent plusieurs joueurs de couleur noire. Des cris de singe ont émaillé la rencontre, puis un supporter a crié, à l’attention du capitaine de Rossillon, Makam Traoré, qui parlait à l’arbitre : «Sale nègre, ferme ta gueule.» Ensuite, un joueur de Lagnieu aurait ajouté : «On en a mis 5 dans votre cul, sale nègre.» Avant de conclure : «Sale singe.» L’arbitre a entendu. Il a stoppé le match. Et Makam a craqué...
(Source : Libération)
Pas de façon violente. «Heureusement, dit son avocat, Me Jakubowicz. Il l’aurait découpé en rondelles et c’est lui qui passerait en correctionnelle.» Non, Makam, ceinture noire de karaté, s’est mis à pleurer. Accroché à un grillage du stade, il s’est retrouvé secoué de sanglots, incapable de s’arrêter. Comment les insultes d’une poignée d’abrutis l’ont-elles ainsi marqué ? «Je n’en peux plus, répond cet homme de 32 ans, marié, père de deux enfants. J’en ai trop entendu depuis que je joue au football dans ce département. Je n’ai jamais rien dit parce que nos entraîneurs nous demandent de ne pas réagir, mais j’en peux plus. J’ai envie de rentrer dans mon pays [le Sénégal, ndlr]. »
Identifier. D’autres clubs de l’Ain confirment les fréquents épisodes racistes dans les villages du département. «Une fois, raconte un dirigeant de Bourg-Sud, club d’un quartier populaire de Bourg-en-Bresse, on jouait à Jassans. Cela a duré une demi-heure : “Sales gris”, ”sales rats”, “sales bougnoules”. On a tout entendu. Quand il n’y a que 30 personnes autour d’un terrain, il faut un sacré sentiment d’impunité.» A Lagnieu, l’arbitre ayant pris ses responsabilités, une plainte a été déposée. Personne n’a pu identifier les supporters racistes, mais le joueur mis en cause a été convoqué par les gendarmes et, après une nuit de garde à vue, il a reconnu les faits, lors d’une confrontation avec Makam Traoré. Il s’est même excusé pour les «horreurs» prononcées. Puis s’est rétracté en ressortant, après une rencontre avec son avocat, qui accuse les gendarmes d’avoir extorqué ces aveux. L’arbitre sera présent à l’audience. «Je l’ai fait citer, indique Alain Jakubowicz, car c’est le principal témoin des injures. Il pourra aussi raconter la réaction de Makam, le choc que provoquent ces comportements.» Le 25 février, John Mensah, footballeur pro de l’Olympique Lyonnais, également défendu par Alain Jakubowicz, avait demandé à être remplacé, pour ne plus entendre les cris de singe lancés par un supporteur du Havre.
Dans l’affaire de Makam Traoré, la commission de discipline du district de l’Ain a donné match perdu et quatre points de pénalité à Lagnieu pour les insultes racistes de son public. Pour le joueur mis en cause, en revanche, elle prendra sa décision en fonction de celle du tribunal correctionnel. Joueurs et dirigeants de Rossillon ne comprennent pas. Ils se sentent traités en coupables lorsqu’ils témoignent devant la commission de discipline. «On vous demande trois fois si vous êtes certain, si vous avez des preuves. On vous rappelle lourdement que cela peut être lourd de conséquence d’accuser quelqu’un», raconte Myriam Maraud, la présidente. Comme d’autres clubs comptant des joueurs noirs ou d’origine arabe, elle a le sentiment qu’il existe «deux poids, deux mesures». Que leurs joueurs sont plus sanctionnés. «Peut-être que dans ces clubs, ils ont le sang un peu plus chaud, répond sans rire Paul Michallet, président du district. Quand ça vient en récidive, ils sont plus lourdement sanctionnés.»
Certains clubs citent des exemples troublants. Contre Montmerle cette saison, Bourg-Sud a écopé de 9 cartons jaunes et 4 rouges en un seul match. L’arbitre avait aussi repris un joueur de Bourg-Sud parce qu’il appelait l’un de ses coéquipiers d’origine marocaine par son prénom. «Ici, on parle en français, pas en arabe», lui avait-il dit. «L’arbitre s’est mal comporté et il n’arbitrera plus à ce niveau, assure Paul Michallet. Mais il ne faut pas tout mélanger. Il n’y avait pas de racisme là-dedans.»
Nerveux. Les clubs assurent que le district ne veut surtout pas faire de vague. Après la plainte de Rossillon, son entraîneur a écopé de huit matchs de suspension, pour des insultes au délégué du match, dirigeant de Lagnieu. Le président du district récuse les accusations de laxisme et relativise le racisme. Pour lui, «le foot n’est ni plus ni moins que le reflet de la société» . Les élus du département, alertés par la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), posent le problème autrement. Pour l’adjoint aux sports de Bourg-en-Bresse, «ces événements» proviennent «peut-être d’une culture spécifique diffuse» dans ce département de l’Ain où le Front national fait encore ses scores gras. «J’ai joué en région parisienne, dit Makam. Je n’ai jamais connu cela.» Ses coéquipiers deviendraient nerveux, et un match s’est terminé en bagarre le 19 avril. Lui s’efforce de rester calme. A un spectateur qui l’insultait, il a répondu : «En 1998, quand tu agitais ton drapeau, il y avait pas quelques négros dans ton équipe de France ?»
Olivier BERTRAND
jeudi 24 septembre 2009
[MEMOIRE] Traite négrière : Nantes se souvient, Bordeaux refoule (Afrik.com)
(Source : Afrik.com)
Les anciens ports négriers de la côte atlantique française font-ils, par le nom de certaines de leurs rues, l’apologie d’un crime contre l’humanité ? C’est l’avis de Raoul Dosso, de l’association DiversCité. En 2001, la loi Taubira a reconnu le caractère de « crime contre l’humanité » que revêt l’esclavage. « La loi est en avance en France, comparé à la Grande-Bretagne, explique Raoul Dosso, mais l’Hexagone ne peut se vanter d’avoir obtenu autant de réalisations au plan concret ». D’où une campagne de pétition à partir du 23 août dernier, lors de la journée internationale du souvenir de l’esclavage, pour « lancer un véritable débat et réveiller les mémoires ». Une initiative que l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau a choisi de soutenir en devenant une président d’honneur de l’association.
L’objectif immédiat est de faire prendre conscience du poids de l’esclavage, omniprésent dans les ports de Bordeaux, Nantes, Le Havre et La Rochelle. On y compte selon les chiffres de l’association respectivement 24, 11, 6 et 6 rues à la gloire de la traite négrière et des armateurs qui l’ont pratiquée avec grand profit. Mais il s’agit, plus avant, de s’inscrire dans un travail sur le futur mémorial de l’esclavage, prévu à Nantes pour 2011. « Un lieu qui sera vivant », s’empresse de préciser Raoul Dosso, où par exemple des chercheurs pourront travailler et se faire financer.
Bordeaux, une bouteille à la mer
Les réactions à la campagne de pétition ont été plutôt mitigées dans les mairies concernées. A Bordeaux, le maire Alain Juppé (UMP) ne mâche pas ses mots : « Tout cela est absurde. […] Quand s’arrêtera la repentance ? », déclare-t-il au journal Sud-Ouest. A La Rochelle, Maxime Bono (PS) n’aime pas l’idée de « remuer le passé ». Mais il se déclare prêt à apposer des plaques explicatives sous les noms de rue, à l’image de Jean-Marc Ayrault (PS) à Nantes. Quant au maire du Havre, Antoine Rufenacht (UMP), il préfère se faire discret et ne s’est pas exprimé pour l’instant.
« On constate que les réactions dépendent du bord politique, note le président de l’association Diallo Karfa, les maires de gauche sont beaucoup plus ouverts à nous écouter que ceux de droite ». Il salue d’ailleurs l’attitude de Jean-Marc Ayrault, qui défend depuis 1998 la création d’un mémorial à Nantes, dans le cadre duquel un parcours explicatif est prévu dans les rues qui gardent la mémoire de l’ancien premier port esclavagiste de France. « A droite, au moins à Bordeaux, la bourgeoisie descendante de l’époque de la traite pèse encore », explique Diallo Karfa. Et Raoul Dosso d’ajouter : « Il y a dix ans, à Bordeaux, personne ne parlait de l’esclavage ! ». Alain Juppé revendiquait justement en mai dernier dans La Croix être à l’origine il y a une décennie d’une politique bordelaise de « juste mémoire […], sans anachronisme culpabilisateur ». Il inaugurait alors une exposition permanente sur l’esclavage au musée d’Aquitaine.
Le sujet reste très sensible. En 1998, une statue inaugurée à Nantes, représentant un esclave libéré, avait été vandalisée quelques jours plus tard.
[IMMIGRATION] Rama Yade apprécie les regrets d'Hortefeux (L'Express)
Rama Yade a tenu à réagir après les propos tenus par Brice Hortefeux à l'université d'été de l'UMP. La secrétaire d'Etat aux sports a apprécié les "regrets" du ministre de l'intérieur.
La secrétaire d'Etat aux Sports, Rama Yade, a regretté mercredi que "personne n'ait appelé au rassemblement autour des valeurs républicaines" lors de la polémique suscitée par les propos controversés de Brice Hortefeux sur un militant UMP de père algérien.
(Source : L'Express)
"Je ne veux pas avoir une parole qui enflamme sur des sujets comme ça", a fait valoir lors Questions Info LCP/FranceInfo/AFP, Mme Yade, qui était interrogée sur cette polémique.
"J'ai trouvé cette polémique triste, a-t-elle ajouté. Je me suis dit, le monde nous regarde au moment où tout le monde se félicite de l'élection de Barak Obama. Nous devons être exemplaires également".
Estimant que dans cette affaire il était "question de concorde civile, d'unité nationale", elle a relevé pour le regretter que "pendant cette semaine de polémique, personne n'ait appelé au rassemblement autour des valeurs républicaines".
Mme Yade a jugé que c'était "bien" que le ministre de l'Intérieur "ait exprimé des regrets", car "à partir du moment où des gens se sont sentis blessés, il fallait répondre à cette blessure, apaiser cette blessure, cette vexation qu'ils ont pu ressentir".
Rama Yade avait déjà réagi sur le Bondy Blog. Voici la vidéo.
Jeudi, des propos de M. Hortefeux -"Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes"-, relayés sur internet avaient provoqué un tollé, la gauche dénonçant un dérapage raciste. Il avait prononcé cette phrase, alors qu'il posait avec un militant UMP de père algérien.
Lundi soir, devant les responsables du Conseil français du culte musulman, il a exprimé ses "regrets" face à une "polémique inutile et injuste".
[USA] L’Amérique raciste se réveille (Libération)
Au moment où la popularité de Barack Obama s’effrite, les attaques sur ses origines et sa couleur se font de plus en plus précises.
Par LORRAINE MILLOT correspondante à Washington
Le Président américain Barack Obama à la Maison Blanche à Washington, le 17 septembre 2009. (AFP Jim Watson)
Obama en sorcier africain, un os en travers du nez, Obama en fourrure de singe, mangeant une banane… Dans les manifestations de ces derniers mois contre le président américain et sa réforme de la santé, les attaques racistes ont fait un retour en force. Dans les talk-shows à la télévision ou la radio, les plus exaltés se moquent presque ouvertement de la couleur du président. Ainsi Rush Limbaugh, le plus célèbre des porte-voix de l’ultra-droite, montait en épingle la semaine dernière des images filmées dans un bus, montrant un enfant blanc rossé par un noir. Son commentaire : «Voilà l’Amérique d’Obama, des enfants blancs maintenant battus dans les bus scolaires.» Pour Limbaugh, Obama est «un Noir qui cherche la bagarre». Pour Glenn Beck, un autre de ces enragés, animateur sur la chaîne de télévision Fox, Obama est «un type qui a une haine profonde pour les Blancs ou pour la culture blanche». «Je pense que ce type est un raciste», a lancé Glenn Beck cet été.
(Source : Libération)
«Birthers». Même sur CNN, le conservateur de service Lou Dobbs s’est pris de passion cet été pour le certificat de naissance de Barack Obama, demandant que le président «montre le document» prouvant sa citoyenneté américaine. Cette question de la nationalité du Président inspire tout un mouvement, les «birthers», qui, envers et contre toute évidence, suggèrent qu’Obama ne serait pas vraiment américain, ni donc éligible comme président, car il serait né au Kenya (il est né à Hawaï, Etat américain).
La polémique a rebondi la semaine dernière quand Jimmy Carter a accusé de racisme les détracteurs d’Obama. « Je pense qu’une part écrasante de l’intense animosité qui s’est exprimée envers le président Obama tient au fait qu’il est noir, qu’il est afro-américain », a lancé l’ancien président démocrate. «Je vis dans le Sud, et j’ai vu le Sud faire beaucoup de chemin. Mais cette tendance raciste existe toujours et je pense qu’elle est remontée à la surface en raison d’un sentiment partagé par beaucoup de Blancs, pas seulement dans le Sud mais dans l’ensemble du pays, selon lequel les Afro-Américains ne sont pas qualifiés pour diriger ce grand pays.»
«Diversion pathétique». A l’heure où l’Amérique se veut «post-raciale», fière de son premier Président noir, la semonce de Carter a fait du bruit. Les Républicains crient à la manœuvre de diversion, soupçonnant les démocrates de vouloir ressouder les rangs derrière Obama, au moment où sa popularité s’effrite. Le président, noir lui aussi, du parti républicain, Michael Steele, dénonce «une diversion pathétique des démocrates pour détourner l’attention du très impopulaire projet gouvernemental de système de santé».
Fidèle à lui-même, et à son souci de rassembler au-delà des races, Barack Obama a fait mine de ne guère s’intéresser au sujet : «Je pense que les critiques ont plus à voir avec le fait que certains personnes veulent cyniquement me faire échouer dans ma politique», a assuré le Président dimanche, invitant les Américains à revenir à «plus de politesse et de courtoisie».
grand interdit. Même si Obama le nie -tout en en profitant pour remobiliser ses troupes-, il est clair qu’une partie de l’Amérique a encore un problème avec un Président noir. Le Southern Poverty Law Center (SPLC), qui traque les groupes extrémistes, observe un «retour des milices» qui s’étaient déjà manifestées dans les années 1990 sous le nom de mouvement «patriote». Avant même l’élection d’Obama, de 2000 à 2008, le SPLC a compté une augmentation de 54% du nombre de groupes racistes et extrémistes, passés de 602 à 926. L’installation d’Obama à la Maison blanche «a injecté un fort élément racial dans ces milieux d’extrême droite», souligne Larry Keller, du SPLC, qui a déjà recensé plusieurs meurtres et complots en partie inspirés par cette élection. En Floride, un homme rendu furieux par Obama a tué deux policiers. Près de Boston, un autre tourmenté par le «génocide» de la race blanche a tué deux Africains. Tous ces mouvements restent ultra-minoritaires bien sûr, le racisme fait même sans doute partie des grands interdits aux Etats-Unis. Mais «il ne manque qu’une étincelle, s’inquiète un policier cité par le SPLC. Ce n’est qu’une question de temps avant de voir des menaces et des violences.»
mercredi 23 septembre 2009
[RACISME] Moi, Mustapha Kessous, journaliste au "Monde" et victime du racisme (Le Monde)
"Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente au téléphone"
(Source : Le Monde)
Trois mois plus tard, lundi 7 juillet, jour de mes 29 ans. Je couvre le Tour de France. Je prépare un article sur ces gens qui peuplent le bord des routes. Sur le bitume mouillé près de Blain (Loire-Atlantique), je m'approche d'une famille surexcitée par le passage de la caravane, pour bavarder. "Je te parle pas, à toi", me jette un jeune homme, la vingtaine. A côté de moi, mon collègue Benoît Hopquin n'a aucun souci à discuter avec cette "France profonde". Il m'avouera plus tard que, lorsque nous nous sommes accrédités, une employée de l'organisation l'a appelé pour savoir si j'étais bien son... chauffeur. Je pensais que ma "qualité" de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux "défauts" : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. Je croyais que ma carte de presse allait me protéger des "crochets" balancés par des gens obsédés par les origines et les apparences. Mais quels que soient le sujet, l'endroit, la population, les préjugés sont poisseux. J'en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet "apartheid mental", lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. A quoi bon me présenter comme journaliste au Monde, on ne me croit pas. Certains n'hésitent pas à appeler le siège pour signaler qu'"un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde !" Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom lorsque je me présente au téléphone : c'est toujours "M. Kessous". Depuis 2001, depuis que je suis journaliste, à la rédaction de Lyon Capitale puis à celle du Monde, "M. Kessous", ça passe mieux : on n'imagine pas que le reporter est "rebeu". Le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, m'avait avoué, en souriant : "Je croyais que vous étiez de notre communauté." J'ai dû amputer une partie de mon identité, j'ai dû effacer ce prénom arabe de mes conversations. Dire Mustapha, c'est prendre le risque de voir votre interlocuteur refuser de vous parler. Je me dis parfois que je suis parano, que je me trompe. Mais ça s'est si souvent produit... A mon arrivée au journal, en juillet 2004, je pars pour l'île de la Barthelasse, près d'Avignon, couvrir un fait divers. Un gamin a été assassiné à la hachette par un Marocain. Je me retrouve devant la maison où s'est déroulé le drame, je frappe à la porte, et le cousin, la cinquantaine, qui a tenté de réanimer l'enfant en sang, me regarde froidement en me lançant : "J'aime pas les Arabes." Finalement, il me reçoit chez lui. On pensait que le meurtrier s'était enfui de l'hôpital psychiatrique de l'endroit : j'appelle la direction, j'ai en ligne la responsable : "Bonjour, je suis M. Kessous du journal Le Monde..." Elle me dit être contente de me recevoir. Une fois sur place, la secrétaire lui signale ma présence. Une femme avec des béquilles me passe devant, je lui ouvre la porte, elle me dévisage sans me dire bonjour ni merci. "Il est où le journaliste du Monde ?", lance-t-elle. Juste derrière vous, Madame : je me présente. J'ai alors cru que cette directrice allait s'évanouir. Toujours pas de bonjour. "Vous avez votre carte de presse ?, me demande-t-elle. Vous avez une carte d'identité ?" "La prochaine fois, Madame, demandez qu'on vous faxe l'état civil, on gagnera du temps", riposté-je. Je suis parti, évidemment énervé, forcément désarmé, avant de me faire arrêter plus loin par la police qui croyait avoir... trouvé le suspect. Quand le journal me demande de couvrir la révolte des banlieues en 2005, un membre du club Averroès, censé promouvoir la diversité, accuse Le Monde d'embaucher des fixeurs, ces guides que les journalistes paient dans les zones de guerre. Je suis seulement l'alibi d'un titre "donneur de leçons". L'Arabe de service, comme je l'ai si souvent entendu dire. Sur la Toile, des sites d'extrême droite pestent contre "l'immonde" quotidien de référence qui a recruté un "bougnoule " pour parler des cités. Et pourtant, s'ils savaient à quel point la banlieue m'était étrangère. J'ai grandi dans un vétuste appartement au coeur des beaux quartiers de Lyon. En 1977, débarquant d'Algérie, ma mère avait eu l'intuition qu'il fallait vivre au centre-ville et non pas à l'extérieur pour espérer s'en sortir : nous étions parmi les rares Maghrébins du quartier Ainay. Pour que la réussite soit de mon côté, j'ai demandé à être éduqué dans une école catholique : j'ai vécu l'enfer ! "Retourne dans ton pays", "T'es pas chez toi ici", étaient les phrases chéries de certains professeurs et élèves. Le 21 décembre 2007, je termine une session de perfectionnement dans une école de journalisme. Lors de l'oral qui clôt cette formation, le jury, composé de professionnels, me pose de drôles de questions : "Etes-vous musulman ? Que pensez-vous de la nomination d'Harry Roselmack ? Si vous êtes au Monde, c'est parce qu'il leur fallait un Arabe ?" A plusieurs reprises, arrivant pour suivre un procès pour le journal, je me suis vu demander : "Vous êtes le prévenu ?" par l'huissier ou le gendarme en faction devant la porte du tribunal. Le quotidien du journaliste ressemble tant à celui du citoyen. Depuis plusieurs mois, je cherche un appartement. Ces jours derniers, je contacte un propriétaire et tombe sur une dame à la voix pétillante : "Je m'appelle Françoise et vous ?" "Je suis M. Kessous ", lui répondis-je en usant de mon esquive habituelle. "Et votre prénom ?", enchaîne-t-elle. Je crois qu'elle n'a pas dû faire attention à mon silence. Je n'ai pas osé le lui fournir. Je me suis dit que, si je le lui donnais, ça serait foutu, qu'elle me dirait que l'appartement avait déjà été pris. C'est arrivé si souvent. Je n'ai pas le choix. J'hésite, je bégaye : "Euhhhhh... Mus... Mustapha." Au départ, je me rendais seul dans les agences immobilières. Et pour moi - comme par hasard - il n'y avait pas grand-chose de disponible. Quand des propriétaires me donnent un rendez-vous pour visiter leur appartement, quelle surprise en voyant "M. Kessous" ! Certains m'ont à peine fait visiter les lieux, arguant qu'ils étaient soudainement pressés. J'ai demandé de l'aide à une amie, une grande et belle blonde. Claire se présente comme ma compagne depuis cet été et fait les visites avec moi : nous racontons que nous allons prendre l'appartement à deux. Visiblement, ça rassure. En tout cas plus que ces vigiles qui se sentent obligés de me suivre dès que je pose un pied dans une boutique ou que ce vendeur d'une grande marque qui ne m'a pas ouvert la porte du magasin. A Marseille, avec deux amis (un Blanc et un Arabe) - producteurs du groupe de rap IAM -, un employé d'un restaurant a refusé de nous servir... La nuit, l'exclusion est encore plus humiliante et enrageante, surtout quand ce sont des Noirs et des Arabes qui vous refoulent à l'entrée d'une boîte ou d'un bar. Il y a quatre mois, j'ai voulu amener ma soeur fêter ses 40 ans dans un lieu parisien "tendance". Le videur nous a interdit l'entrée : "Je te connais pas !" Il aurait pourtant pu se souvenir de ma tête : j'étais déjà venu plusieurs fois ces dernières semaines, mais avec Dida Diafat, un acteur - dont je faisais le portrait pour Le Monde - et son ami, le chanteur Pascal Obispo. Fin 2003, je porte plainte contre une discothèque lyonnaise pour discrimination. Je me présente avec une amie, une "Française". Le portier nous assène le rituel "Désolé, y a trop de monde." Deux minutes plus tard, un groupe de quinze personnes - que des Blancs - entre. Je veux des explications. "Dégage !", m'expédie le videur. La plainte sera classée sans suite. J'appellerai Xavier Richaud, le procureur de la République de Lyon, qui me racontera qu'il n'y avait pas assez d'"éléments suffisants". Que dire des taxis qui après minuit passent sans s'arrêter ? Que dire de la police ? Combien de fois m'a-t-elle contrôlé - y compris avec ma mère, qui a plus de 60 ans -, plaqué contre le capot de la voiture en plein centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes, ceinturé lors d'une vente aux enchères, menotté à une manifestation ? Je ne compte plus les fois où des agents ont exigé mes papiers, mais pas ceux de la fille qui m'accompagnait : elle était blonde. En 2004, une nuit à Lyon avec une amie, deux policiers nous croisent : "T'as vu le cul qu'elle a !", lance l'un d'eux. "C'est quoi votre problème ?" rétorqué-je. Un des agents sort sa matraque et me dit en la caressant : "Il veut quoi le garçon ?" Le lendemain, j'en ai parlé avec Yves Guillot, le préfet délégué à la police : il m'a demandé si j'avais noté la plaque de leur voiture. Non... En 2007, la brigade anticriminalité, la BAC, m'arrête sur les quais du Rhône à Lyon : j'étais sur un Vélo'v. On me demande si j'ai le ticket, si je ne l'ai pas volé. L'autre jour, je me gare en scooter sur le trottoir devant Le Monde. Je vois débouler une voiture, phares allumés : des policiers, mains sur leurs armes, m'arrêtent. Je leur dis que je travaille là. Troublés, ils me demandent ma carte de presse, mais pas mon permis. Des histoires comme celles-là, j'en aurais tant d'autres à raconter. On dit de moi que je suis d'origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un "beurgeois", un enfant issu de l'immigration... Mais jamais un Français, Français tout court. Mustapha Kessous |
jeudi 17 septembre 2009
[FOOTBALL] Dassier ne sera "pas un président à l'africaine" (Le Nouvel Obs)

Jean-Claude Dassier, le nouveau président de l'Olympique de Marseille. (Reuters)
(Source : Le Nouvel Obs)
"Je ne serai pas un président à la libanaise, ni à l'africaine", a-t-il déclaré lors de ce discours de rentrée, selon plusieurs témoins, où il a également rendu hommage à Didier Deschamps et au secteur sportif du club.
Pape Diouf visé ?
Plusieurs salariés, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat, ont été interpellés par ces propos. "Marseille est une ville métisse, où vivent de nombreux Africains, et l'OM, dont l'équipe elle-même compte de nombreux joueurs africains est un symbole de ce métissage", dit l'un. "Ces propos nous ont choqués", dit un autre. "On ne peut imaginer qu'il ne visait pas Pape Diouf (l'ancien président débarqué en juin, d'orine sénégalaise, ndlr), qui était très respecté", dit encore un autre.
Des propos "maladroits"
Interrogé mercredi, Jean-Claude Dassier s'est expliqué sur le sens de ces propos: "j'ai évoqué des techniques de gouvernement, pour dire précisément que je ne souhaitais pas les appliquer. A la libanaise, cela signifie un mode de gouvernement où tout le monde est là, ou chacun s'arrange, et où il ne se décide rien, une sorte de ventre mou de la gouvernance. La technique de gouvernance à l'africaine s'appuie sur un seul homme, qui décide de tout, non démocratique".
"Je veux avoir une technique de présidence faisant en sorte que le sportif, le commercial et la communication travaillent ensemble. Je me situe comme animateur, chef d'orchestre, à l'opposé d'une pratique omnisciente, omnipotente, ou qui ne décide rien", a poursuivi Jean-Claude Dassier, reconnaissant que ces propos ont "peut-être été maladroits".
"J'ai parlé de méthode de gouvernement, et pas de couleur de peau, cela n'a rien à voir avec le racisme!", a-t-il insisté.
Diouf heurté
Il s'est aussi défendu d'avoir visé Pape Diouf, "que je n'ai jamais attaqué" et à qui "j'ai rendu hommage au moins une demi-douzaine de fois".
Diouf, lui, a réagi mercredi dans la soirée devant quelques journalistes, s'estimant visé : "j'avais choisi une retraite médiatique depuis trois mois, j'étais disposé à rester dans l'ombre (...) pour ne pas nuire à la succession. Seul devait prévaloir l'intérêt de l'équipe (..). Je me suis tenu à cette règle, mais certaines déclarations me conduisent à sortir prématurément de ma retraite".
"Lorsque j'ai été mis au courant des propos de Jean-Claude Dassier, a-t-il ajouté, j'ai d'abord été très surpris. Ils sont pour le moins ambigus et douteux et viennent après certaines piques lancées de manière discourtoise. Ses paroles n'avaient pas lieu d'être, je suis profondément heurté".
