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mardi 5 mai 2009

[Musique] Oxmo Puccino, un rappeur en paix (Le Parisien)

Ce Parisien trentenaire s’éloigne du hip-hop pur et dur pour toucher le grand public. Il présente son nouvel album, « l’Arme de paix », ce soir au Bataclan.

(Source : Le Parisien)

Né Abdoulaye Diarra au Mali, le Parisien Oxmo Puccino, 35 ans, compte quinze ans de musique derrière lui. En concert ce soir au Bataclan, à Paris, il s’est forgé un style bien à lui comme le prouve son brillant nouvel album, « l’Arme de paix ». Pratiquant avec constance l’ouverture musicale, il a un temps tâté du rap le plus « hardcore » en compagnie de Booba, signé quelques bandes originales de films, écrit pour Florent Pagny et Alizée, mais a aussi rendu hommage à Billie Holiday. Désormais, il tend plus vers la chanson française on trouve un duo avec Olivia Ruiz sur ce disque sans renier ses racines hip-hop. Tout en pratiquant un discours soigné, tempéré et réfléchi, sa marque de fabrique.

Sur cet album, vous vous rapprochez de la chanson française. Est-ce une façon de vous éloigner du rap ?
Oxmo Puccino.
Pas vraiment, mais j’ai conçu ce disque pour qu’il plaise au plus grand nombre. J’ai la volonté d’être clair, compréhensible. Moi, je n’ai pas envie de rapper seulement pour les rappeurs. Au fil de mon parcours, j’ai beaucoup travaillé avec des artistes venus d’autres horizons, je les ai observés sur scène. Je me suis alors demandé pourquoi la porte d’entrée était plus facile chez eux que chez nous. Je me suis rendu compte que c’est avant tout une question d’écriture, même si le rap reste de la poésie à part entière, un héritier de la chanson française.

Le hip-hop est souvent décrié pour son discours sur les femmes, comme l’a montré la polémique autour de la chanson « Sale Pute » d’Orelsan…
Il est vrai que dans le hip-hop les femmes ne sont pas toujours bien traitées. Je dirais que le plus souvent c’est de l’amour mal formulé… Cela est souvent une source de malentendus dans la perception de cette musique. Moi, il a fallu que j’accepte ma part de féminité. Pour mon inspiration, je pars d’ailleurs régulièrement de relations conflictuelles. En faisant preuve d’humour, quand je peux.

Le rap est-il définitivement accepté en France ?
Si l’on compare avec les Etats-Unis, la réponse est non. Il faut savoir qu’en France on n’a pas la même histoire de l’immigration qu’en Amérique. Par exemple, mon père n’est arrivé du Mali à Paris que dans les années 1960. Ce mouvement musical est encore jeune et la nouveauté effraie toujours. Mais c’est en train de changer naturellement. Il faut du temps.

Comprenez-vous les artistes qui adoptent des positions plus radicales ?

Je comprends Kery James et les autres qui ont notamment refusé de se rendre aux Victoires de la musique. En fin de compte, tout ça n’est qu’une pièce de théâtre, une opération de communication. Je comprends leur réaction parce que notre musique a longtemps été mise de côté. Il reste de la colère, beaucoup de colère. En même temps, il faut prendre ce qu’on nous donne ou bien venir le chercher. Avec le temps, j’ai appris à faire avec cet ostracisme. Je conçois que des gens ne veuillent pas de ma musique, même si ça provoque parfois un sentiment d’étouffement, d’exclusion. Mais plutôt que d’en parler dans mes chansons, j’agis.

Oxmo Puccino en concert ce soir à 20 heures au Bataclan, 50, boulevard Voltaire, Paris XI e . Places : 28,60 €. Rens. au 01.43.14.00.30. Album « l’Arme de paix » (disques Cinq 7). Prix : 13,99 €.

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