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vendredi 6 novembre 2009

[POLITIQUE] Parcours chaotique pour les ministres de la diversité (L'Express)

Rachida Dati et Rama Yade, au ministère de l'Intérieur en janvier 2008.

REUTERS/Benoit Tessier

Rachida Dati et Rama Yade, au ministère de l'Intérieur en janvier 2008.

La tempête que traverse actuellement Rama Yade met en lumière les difficultés qu'ont éprouvées la secrétaire d'Etat aux sports mais aussi Rachida Dati et Fadela Amara à faire accepter leurs idées et leur personnalité aux membres de la majorité.

Rama Yade en pleine tourmente, Fadela Amara bien discrète ces derniers temps et Rachida Dati exfiltrée à Strasbourg: on va finir par croire qu'il est périlleux pour une femme issue de la diversité de figurer au gouvernement. Car, en deux ans, toutes trois ont dû traverser de sérieuses turbulences.

(Source : L'Express)

Le cas le plus emblématique reste celui de Rama Yade. Dès sa prise de fonction en tant que secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme en juin 2007, elle essuie de violentes critiques de la part de la gauche. Son tort: avoir annulé, lors d'un déplacement avec Nicolas Sarkozy en Tunisie, un rendez-vous avec des opposantes à Ben Ali.

Le 6 septembre, elle s'oppose publiquement à l'expulsion d'un squat à Aubervilliers. C'est cette fois-ci son propre camp qui avale de travers. François Fillon la convoque le soir-même et lui rappelle le principe de solidarité gouvernementale. La visite du colonel Khadafi à Paris en décembre n'arrange pas les choses: Rama Yade s'y oppose vigoureusement pendant que Nicolas Sarkozy laisse le dirigeant libyen planter sa tente dans les jardins de l'Elysée.

Son refus de se présenter aux européennes et la récente polémique sur son opposition à la suppression par les députés du droit à l'image collective achève de dessiner le portrait d'une secrétaire d'Etat régulièrement critiquée, autant par la gauche que par la droite.

Dans ce domaine, Rachida Dati n'a rien à envier à Rama Yade. Nommée ministre de la Justice après la victoire de Nicolas Sarkozy en mai 2007, elle a essuyé de sévères attaques sur plusieurs dossiers qu'elle a portés: la rétention de sûreté, la réorganisation de la carte judiciaire, et la réforme du code pénal des mineurs.

Ses photos dans Paris Match, le départ de plusieurs membres de son cabinet, et son apparition, hilare, lors d'une rencontre avec les jeunes UMP pour les européennes, alors qu'elle était tête de liste, ont suffi à faire d'elle une figure contestée du gouvernement. Pas de changement d'attribution pour elle, mais un départ pour Strasbourg.

"Une ouverture de projets, pas de casting"

Concernant Fadela Amara, c'est son franc-parler qui provoque des remous dans la majorité. Pour dire son opposition aux tests ADN utilisés dans le cadre des regroupements familiaux, la secrétaire d'Etat à la politique de la ville emploie le mot "dégueulasse". Patrick Devedjian prend cette sortie pour une insulte aux députés.

Même lexique, même réaction de l'UMP en juin 2008. A cette époque, Fadela Amara explique qu'elle ne votera pas pour Nicolas Sarkozy en 2012. Hervé Mariton réagit vivement sur Europe1: "Je trouve franchement que la ministre en question n'est pas à sa place. Je ne suis pas le premier sarkozyste, enfin en tant que membre de la majorité je demande tout de même aux membres du gouvernement un peu de solidarité." Comme pour Rama Yade, le principe de solidarité gouvernementale est évoqué.

Côté bilan, ce n'est pas non plus glorieux. Ce mercredi, le PS a dénoncé "l'échec" des "contrats d'autonomie", un dispositif "inefficace et dispendieux" qui constitue "un marché juteux pour le privé".

Pour l'opposition, les premiers résultats de ces contrats "sont très mauvais". "Sur un objectif de 45 000 jeunes 'coachés' d'ici à 2012, 13 338 ont été pour l'instant encadrés, et seuls 1162 jeunes ont décroché une embauche ou une formation, c'est-à-dire moins de 10%", affirme le PS.

Surtout, Fadela Amara avait promis un plan richement doté pour les banlieues, plan dont on est sans nouvelle aujourd'hui.

Au coeur de la tempête que traverse en ce moment la secrétaire d'Etat aux sports, LEXPRESS.fr a de nouveau interrogé Hervé Mariton, qui continue de faire confiance à ces jeunes ministres de la diversité: "Je suis favorable à l'ouverture, mais à une ouverture de projets, pas une ouverture de casting. Par exemple, Fadela Amara a une légitimité, des convictions pour évoluer à son poste. Pour Rama Yade, il ne faut pas forcément être une sportive pour occuper le secrétariat d'Etat aux Sports."

Et en cas de remaniement post-régionales, faut-il poursuivre l'ouverture? "Oui, mais celle-ci doit se faire sur la base du talent, pas de la diversité. Je continue de penser que c'est très bien qu'un gouvernement s'enrichisse de personnalités ouvertes et originales." En terme d'ouverture et d'originalité, avec Rama Yade et Fadela Amara, Hervé Mariton peut s'estimer servi.

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